Baby Groove
Cet article, signé par
Marie Depraetere, a paru dans Victor (Le Soir)
en Janvier 2001.
Plus ça couine, plus ça crisse et plus les bambins
gloussent. Les sons, mélodieux ou pas, ils en raffolent.
MÊME
flottant dans l'obscurité et la chaleur de son cocon, au fond du ventre
de sa maman, le bébé se met à bouger lorsque que lui parvient une
musique plaisante. Après sa naissance, il continue à être sensible aux
rythmes et aux mélodies. Sa girafe couine? Regardez-le agiter les bras
comme s'il voulait s'envoler. Le nez de son nounours fait "pouêt"? Il
en rebondit de bonheur.
Ce qui
intéresse l'enfant, c'est de produire des sons lui-même: taper sur la
table avec une cuillère, sur le sol avec un cube, traîner son pot sur
le carrelage,... c'est la diversité qui lui plaît. Même si ces bruits
nous font grimper aux rideaux, ils forment son oreille et il est bon de
les supporter au maximum.
Les lardons
- comme dirait Bla-Bla - sont aussi très attentifs aux bruits
familiers. Ils reconnaissent le son du mixer annonçant la purée, les
pas de papa dans l'escalier, la clé dans la serrure. Ces bruits
constituent très vite des points de repère dans la journée: le matin,
la rue est bruyante; à midi, la cuisine s'active; le soir, les télés
s'allument. Aussi, il n'est pas toujours bon de mettre une constante
musique de fond. L'enfant n'a plus ses repères et exerce moins son
acuité auditive. De même, inutile d'envahir sa chambre d'un tas de
jouets électroniques: ils reproduisent tous la même musique.
Pour permettre à son petiot de partir à la découverte des sons et
développer l'éveil musical des très jeunes enfants, des ateliers
musicaux sont organisés toute l'année à La Chaise Musicale.
Nous accueillons des bébés encore nourrissons, explique Anne Kolp, animatrice des stages « Maman & Bébé ». C'est l 'occasion pour la mère de vivre un moment privilégié avec son enfant, loin des préoccupations de la vie quotidienne.
Blotti dans des bras câlins, le petit bout apprend les corrélations
entre les mouvements du corps et les fluctuations de la voix de sa
maman. Par le bercement, il apprend les rythmes, les tempos,... De
petits jeux de toucher, des exercices simples pour ses menottes
développent chez l'enfant la psychomotricité fine.
Très vite, il réagit et marque sa préférence pour l'une ou l'autre comptine et les réclame à la maison! Je
me surprends à fredonner au bureau des chansonnettes que j 'apprends
lors des stages, raconte Julie. Et quand je rentre à la maison, c'est
ma fille de deux ans qui en redemande.
A lire: Anne Bustarret, «L'oreille tendre», éditions de l'Atelier. |
Dès
trois ans, il est possible de solliciter, chez les petites canailles,
les qualités nécessaires pour aborder plus tard l'étude d'un
instrument: apprentissage ludique du présolfège et des paramètres du
son, initiation au rythme et à la pulsation, prise de conscience de
l'espace et du mouvement par la danse... J'ai
une formation de danseuse et de rythmicienne, reprend Anne Kolp.
J'amène les enfants à se sentir bien dans leur corps, à bouger dans
l'espace sans avoir peur, j'enlève le « ça ne se fait pas », le temps
de quelques exercices créatifs. On a deux pieds et deux mains et on
explore ensemble tout ce qu'on peut faire avec !
Virginie Cloesens, psychologue pour enfants, trouve formidables les expériences de ce type. Je
suis convaincue que l 'approche précoce de la musique constitue un
atout social et intellectuel. Tout en s'amusant !'enfant apprend à
fixer son attention et à respecter ses petits camarades, parce que la
musique, ça se fait ensemble, non? Danser en cadence sur une mélodie,
découper une chanson en rythmes et en tempos sont des notions
essentielles dont l'enfant se souviendra ou qu'il aura assimilées sans
s'en rendre compte lorsqu'il devra, à l'école, découper un mot en
syllabes ou calculer combien de centimètres on trouve dans un décimètre.
Les
jeux musicaux, les rondes et les exercices où l'on frappe dans les
mains ont aussi des conséquences affectives et relationnelles. Pas
seulement dans le fait de se faire des petits copains, mais aussi dans
la perte progressive de la relation d'exclusivité affective avec la
maman. J'avoue avoir eu un gros pincement au
coeur quand mon petit garçon m'a dit: Non, pas toi. Je veux chanter
tout seul! se souvient Dominique. Sur le coup, je me suis sentie volée
de quelque chose, mais je sais que c'est une très saine réaction et que
mon petit Thomas grandit. Pas besoin d'être soi-même musicien
pour donner le goût de la musique à son enfant. Et si vous chantez
faux, pas d'excuses. Les comptines sont souvent très faciles et presque
parlées, comme "Une poule sur un mur... " ou "Ainsi font font font...
". Et puis, l'éveil à la musique, finalement, c'est bon à tout âge!
Marie Depraetere
Victor (Le Soir), Janvier 2001
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